Cher Charlie

Cher Charlie

Cher Charlie,

 

Le UNE du courrier Picard, si fidèle à l'âme de Charlie

Le UNE du courrier Picard, si fidèle à l’âme de Charlie

Je ne vais pas te mentir, je ne te lisais pas. Pas parce que tu ne m’intéressais pas, non, mais plus parce qu’on ne peut pas tout faire, je ne lis pas toute la presse non plus… Tu sais, ce que je vais écrire ici sera sans doute très décousu et je m’en excuse par avance, mais j’ai cogité, et là, j’ai juste besoin de me vider la tête. Alors je vais poser mes armes – mes crayons, mon clavier – sur ce papier virtuel.

 

J’ai plein de choses en tête mais j’ai du mal à les exprimer. J’ai tellement de choses à dire, je n’y arrive pas.

 

On a assassiné des gens, des journalistes, qui exprimaient leurs opinions via des dessins, des caricatures au nom d’une religion. Une religion à laquelle tu t’attaquais souvent, mais ce n’était pas la seule : les hommes politiques, toutes les religions dès lors qu’elles sortaient des limites pour l’extrémisme.

 

J’ai essayé d’expliquer aux enfants (11 ans et 9 ans, le jour de son anniversaire) « pourquoi » l’indicible. « On ne tue pas pour des dessins, maman ». « On ne se moque pas des autres non plus ». J’ai dû expliquer pourquoi on ne tue pas et pourquoi tu te moquais, Charlie, assez souvent. J’ai appris à mes enfants un nouveau mot, la satire. Je leur ai aussi expliqué que régulièrement leur président était raillé dans les médias, des photos détournées pour en rire, que l’on avait toujours fait ainsi en France, que c’est un droit et surtout une liberté et que cela faisait de notre pays une démocratie. C’est un vaste débat auquel je n’ai pas non plus trop poussé la réflexion avec eux. Tu sais, ce sont des enfants, l’un d’eux fêtait hier ses 9 ans. Mais je tenais à ce qu’il sache. Qu’on avait tué pour avoir dessiné.

 

Mais pas simplement.

 

Je leur ai aussi expliqué les extrémismes, les religions, les amalgames à éviter ! Ils ne sont pas encore rentrés de l’école, je ne sais pas de quoi ils ont parlé dans la journée, mais je pense que le sujet aura été évoqué, comme il l’a été, il y a quelque temps avec l’affaire Merah (alors qu’ils s’inquiétaient pour leurs cousins vivants à Montauban).

 

En classe, ils sont assis à côté de Mohamed, à côté de Noaïm, de Bilal, de Nora ou encore de Naïma.

Et à côté de ça, je lis sur Facebook, Twitter ou d’autres endroits sur le Web tellement de choses, parfois graves, souvent tristes, de la part de proches, d’amis, de famille que je suis désolée, atterrée, de me dire que ceux que tu combattais, au delà de leur horrible crime, ont réussi à faire : diviser. Diviser pour mieux régner, c’est comme ça qu’on dit ?

Non, il ne faut pas céder. Ne pas céder à la tyrannie, ne pas céder à la peur.

J’ai aussi vu un formidable élan de solidarité. Pour toi, même si finalement, beaucoup ne te lisaient pas, mais je suis sûre que cela va changer, pour que la Liberté triomphe.

 

J’ai écouté Patrick Pelloux, qui aurait dû être là, à tes côtés Charlie. Patrick, c’est ce gars qui a dénoncé l’inertie des politiques lors de la canicule de 2003. Pelloux, c’est une grande gueule. Ce matin, sur I-télé, il était perdu, comme un gosse, mais j’ai adoré l’écouter. Parce qu’il faut se relever.

La semaine prochaine, Charlie sera là au RDV, c’est lui qui l’a dit. Toute la presse, toutes les plumes, aussi minimes soient-elles, est – sont derrière toi.

 

On a assassiné Cabu : attends un peu, Cabu. Ce type qui, dans mon esprit, tenait un crayon à la mine affutée pour croquer Dorothée à l’époque de Recréa2, les plus jeunes ne connaissent pas. Mais Cabu c’était aussi, quand on regarde ses caricatures a posteriori, un sacré talent. Dire autant de choses en un seul dessin. Cabu avait 76 ans, c’était un passionné, passionné par ce qu’il faisait. Et libre dans sa pensée. Il en est mort. Comme les journalistes qui étaient dans cette salle de rédaction.

 

Je pense aussi à ceux qui ont perdu la vie hier dans ce carnage.

 

 

La nuit dernière, à 1h37, de petits plaisantins ont fait péter (des pétards ?) tout prêt de chez moi, ça m’a réveillée, je n’ai pas su me rendormir. Je reste marquée par ce que j’ai pu lire, voir ou entendre hier depuis ce qui t’est arrivé. #JesuisCharlie. Et il y aura un avant et un après.

 

Je n’ai aucun talent particulier, mais je suis journaliste, je veux que Charlie se relève de ses blessures, je veux, comme Patrice Pelloux l’a dit que Charlie ne s’arrête pas. Pour la liberté de la presse. Pour la liberté tout court.

 

28 commentaires pour “Cher Charlie”

  1. Je suis journaliste, aussi. Sur le terrain, reporter de guerre. Femme, aussi. C’est pourquoi le petit monde des produits et accessoires de beauté m’intéressent – je ne suis pas toujours sur le terrain.
    Vous vous revendiquez journaliste. Soit. Je ne doute pas de votre cursus. De vos compétences et de votre aptitude à ce métier, en revanche… La première chose qu’on nous apprend à l’université puis en école de journalisme, c’est de soigner notre syntaxe, notre grammaire et notre orthographe. Et de nous relire impérativement avant toute publication quelle qu’elle soit. Il serait judicieux que vous ne perdiez pas de vue ces principes fondamentaux de notre métier. Certaines de vos publications ne lui font pas honneur. Est-ce trop vous demander que de vous relire ? Et de vous prier de faire preuve d’un minimum d’humilité, essentielle à notre tâche ?
    Oui je suis journaliste, aussi. Et il est des évènements où le bon sens, la modestie, la dignité et le respect résident dans le fait de s’abstenir de publier des billets inutiles en des lieux inappropriés.
    Merci de bien vouloir ne pas perdre de vue qu’il est capital de faire honneur à notre métier et qu’à ce titre, celui-ci requiert certaines qualités fondamentales.
    Gwenaëlle

    1. Bienvenue sur mon blog ! Pour répondre à ton commentaire (ne sois pas outrée par le tutoiement, je le pratique toujours sur mon blog, par souci de proximité avec mon lectorat) : il me semble avoir bien écrit que mon article serait décousu, écrit sous le coup de l’émotion. Je ne me revendique pas mieux qu’une autre, je n’ai pas cherché à cet instant précis à faire un article de presse, mais juste une modeste tribune sortie du fond de mon coeur, avec les seuls mots, peut-être maladroits ou mal écrits, tant pis. Ce côté donneur de leçon, je ne l’autorise pas, d’autant que – si je peux me permettre – ton texte n’est pas non plus dénué de fautes, mais là n’est pas le propos, je ne suis pas du genre à censurer ou pratiquer la critique gratuite quand dehors il se passe des choses bien plus grave.
      Peu importe.
      Quel est le sens de la phrase « il est des évènements où le bon sens, la modestie, la dignité et le respect résident dans le fait de s’abstenir de publier des billets inutiles en lieux inappropriés ». Tu es bien venue le lire? Tu as pris la peine de le commenter, de cette manière. A mon tour de te retourner le compliment : « ne pas perdre de vue qu’il est capital de faire honneur à notre métier et qu’à ce titre, celui-ci requiert certains qualités fondamentales ».

  2. Je suis sidérée du comm de ta collègue journaliste. Ton billet n’est pas inutile puisque tu as eu besoin de l’écrire et ta syntaxe, ta grammaire et ton orthographe me vont très bien personnellement. Modestie, quand tu nous tiens…

    1. je n’ai pas compris non plus, elle est venue le lire, pourquoi si alors il était inapproprié et mal écrit? et pourquoi prendre la peine de le commenter.

  3. Madame Gwennaëlle, auriez-vous l’obligeance de nous expliquer où est le problème ? Moi aussi, suis sidérée. Comprends pas ( désolée pour ma syntaxe et pour l’inutilité de mon commentaire ).
    Boudoir de Vesper, merci pour votre émotion et votre simplicité, pour les mots sortis droit de votre coeur .

  4. J’aurais bien aimé avoir écrit cet article .
    Vous avez su trouver les mots justes pour exprimer ce que nous ressentons tous.
    Je vous dis bravo et merci

    1. merci ! il y a tellement de belles choses qui ont été dessinées et écrites suite à ces terribles événements, c’est beau de voir toute cette unité !

  5. je suis offusquée par le commentaire de gwennaelle ! que faites vous de la LIBERTE D’ EXPRESSION !
    lisez la presse locale beaucoup n’arrivent pas à la cheville d’anne lise !
    je ne suis pas sortie de l’efj mais le commentaire est tres bien !

  6. Ce genre de réaction peut venir de personnes qui se sentent agressées. Aller savoir pourquoi… Elle seule, doit se poser la question et regarder « son petit minois dans sa glace ».
    Anne-Lise, tu étais authentique dans ta narration. Rien à redire.
    Et cette personne était dans le jugement. Pas joli joli comme comportement. La maturité fait défaut à cette personne que l’on sent assez mesquine. Je l’écris comme je l’ai ressenti à la lecture de son commentaire inapproprié et méchant. Elle n’a rien compris à ce qu’est un blog et à ce que tu es. Donc lève la tête et ne te laisse pas atteindre par la bêtise de personne qui ne mérite pas davantage d’attention. Ceci pour t’apporter mon soutien le plus sincère. Merci pour tes écrits et tes émotions quel qu’elles soient.

  7. Pour connaître Anne-Lise depuis déjà 20 ans (oups, une utilisatrice d’anti-rides) il n’y avait aucune idée de récupération ou autre dans le fait d’écrire sur « Charlie », aucune mise en avant.
    Oui, elle dit, souvent, qu’elle est journaliste, sur son blog. En même temps c’est vrai, de quoi aurait-elle a rougir ?
    Si encore elle bossait à Voici je comprendrais qu’elle rougisse.
    Si encore elle avait écrit « Merci pour ce moment, je comprendrais.
    Si encore elle avait appelé la sœur de l’otage de l’imprimerie, au téléphone, pour lui demander comment elle va, je comprendrais.
    Je n’ai pas compris les allusions à la modestie, la dignité etc. Derrière l’univers poudré des ombres scintillantes et les « pommades », il y a une vraie et belle personne. Une personne profondément humaine, mais elle a été victime ici d’un préjugé.
    C’est moche.

    1. Coucou Véro, eh bien non, je ne dis pas si souvent que ça que je suis journaliste… mais peu importe… mais pour le reste, c’est bien vrai, aussi, je ne me sens pas « atteinte » par ce commentaire, tout au plus, j’ai des questions sur celle qui l’a écrit !

  8. Plus prosaïquement : t’as pas l’impression Gwennaëlle que tu t’en prends pas à la bonne personne là ???

    Parce si tu t’es amusée ces 4 derniers jours à faire la morale à tout ceux qui avaient des difficultés à ne pas pouvoir garder en eux leurs émotions tant elles étaient bouleversantes, t’as une triste vie.

    Allez, reprends ton sac à dos de baroudeuse et fait nous un Pulitzer ! J’ai hâte de te lire.

    bisou bonne nuit Véro.

  9. Moi j’aime ta façon d’écrire et le courage que tu as d’écrire surtout !
    Perso, pas la force et pas envie d’être maladroite. Depuis une semaine, tout me semble si futile et du coup, je me recentre sur ma famille…
    Quand à certains commentaires de soi disant journalistes, je préfère ne pas répondre en ces temps si douloureux !
    Bises

    1. disons que pour ce commentaire précis, je n’ai pas compris où cette journaliste a voulu en venir, il y a des choses autrement plus importantes, mais bon….

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