Choix cornélien

Choix cornélien

Dans Horace de Corneille, Horace doit combattre Curiace, pour défendre sa cité. Dilemme, le premier est marié à la soeur du second, lequel est fiancé à la soeur du premier, la boucle est bouclée ! La situation semble inextricable entre les beaux-frères, puisque dans tous les cas, si l’un est vainqueur, il perd sur l’autre tableau (si j’ose dire !).

Aujourd’hui, en tant que parent, citoyen, travailleur, on est soumis à un choix que je trouve quelque peu cornélien… Le 11 mai nos têtes blondes (expression que je ne comprends pas, pourquoi blondes? c’est complètement con – bref, je m’égare), le 11 mai, donc, nos enfants pourront retrouver le chemin de l’école. Pourront – pas « devront » ! Cela ne sera pas obligatoire mais laissé à l’appréciation, dirons nous, au bon vouloir de chaque parent… Certaines communes ont déjà tranché, les écoles ne rouvriront pas. Ici à Lille, la question est en discussion, les sondages pour savoir si l’enfant retournera à l’école ont été lancés auprès des parents… Et la mairie assure que tout sera fait pour que ce soit fait dans les meilleures conditions possibles, mais que toute responsabilité reviendra aux parents.

A titre perso, j’ai – sans doute comme beaucoup de parents – beaucoup de questions… Outre le fait que l’enseignante de ma fille ne reprendra pas puisqu’elle sera en congé maternité (sera-t-elle facilement remplacée?), quid des conditions d’enseignement avec les mesures barrières de distanciation et de protection? Quid des repas, quid de plein de choses… je n’arrive plus à penser, tellement cela me semble parfois vertigineux. Un vrai casse-tête pour les chefs d’établissement ! Au final, pour quel nombre de jours de reprise? On ne sait pas trop : est-ce que ce sera à mi-temps? jusque début juillet, compte tenu des ponts et autres jours de WE, à combien cela se chiffre-t-il, le « jeu » en vaut il la chandelle, est-ce une répétition avant l’heure, une expérimentation (je l’ai lu par certains de mes contacts sur Facebook…).

Il faudra néanmoins bien reprendre, objectent certains, et c’est totalement légitime de se le dire, je le comprends : la vie de la Nation doit reprendre, les enfants doivent retourner à l’école, notamment, on l’aura compris (sans doute) pour que les parents puissent retourner travailler. D’ailleurs pour cela qu’on commence par les plus petits, moins autonomes. On se pose moins la question pour les étudiants dont la question est réglée de longue date puisqu’on sait depuis un moment que les universités ne ré-ouvriront pas avant septembre ! Pour les lycéens, début de réponse en juin : quid de l’oral du bac français pour celles et ceux qui étaient concernés (mon fils aîné est concerné !)… et les collèges? Les plus jeunes en 6ème, pas encore assez autonomes? Les plus grands, en troisième, peut-être peuvent-ils encore rester au coeur du foyer quelques jours de plus…

Un vrai casse-tête, un choix cornélien pour beaucoup de parents…

Ici, notre choix est fait, parce que nous avons pesé le pour et le contre ET que nous en avons la possibilité : je sais que ce n’est pas le choix que tout le monde peut faire car certains parents ne peuvent pas continuer à rester à la maison (je ne parle pas de ceux qui n’en peuvent plus, pour ça, bah, c’est sûr que c’est dur, mais va falloir serrer les fesses, hein, on n’a jamais dit que c’était facile d’avoir les gosses à la maison H24 !). Nous allons continuer à les garder à la maison et continuer à nous limiter dans nos mouvements : pourquoi vouloir tout reprendre, vite, sans limite? La vie au ralenti, ça a du bon, si on peut, quand on peut. D’autant que si l’on observe, beaucoup de spécialistes craignent une « seconde vague » de contaminations, ce qui arrive, a priori en Allemagne (qui a déconfiné plus tôt)…Je ne parle pas de ceux qui n’ont pas le choix : je pense à ceux qui n’ont pas le permis et donc pas d’autres choix que de s’entasser dans des transports en commun pour aller travailler….mais pour celles et ceux qui ont ce choix, je le vois aussi comme un effort à faire pour que les autres, ceux qui n’ont pas le choix, puissent le faire le plus sereinement possible. Dans les écoles, moins il y aura d’élèves, plus les mesures seront efficaces. Pareil dans le champ du travail : si on ne surcharge pas les bureaux, les usines, ça laissera le temps à l’épidémie se s’essouffler, petit à petit, croisons les doigts. Certains détestent le télé-travail, d’autres y trouvent des vertus (je le répète, je sais que tout le monde n’a pas cette possibilité). Je vous avouerai que je suis bien contente d’être dans ma situation, c’est un choix de vie depuis quinze ans, parfois difficile, souvent même, mais très appréciable aujourd’hui (oui mais, … le télétravail, un jour, faudra en parler !).

Et d’ici septembre? Il reste à espérer (mais ça j’y crois moyen) que l’épidémie s’étouffera (je crois encore moins au scénario du virus saisonnier, mais j’espère me tromper !), mais surtout que l’on aura appris à vivre avec en faisant attention (bien plus qu’avant le confinement) et qu’on disposera – non pas d’un vaccin (va falloir encore attendre) – mais de thérapeutiques efficaces pour les cas graves… Je crois très fort en la recherche…

Pour le reste, je ne rêve que d’une chose, allez revoir une personne que je n’ai pas vue depuis un moment et qui en a réellement besoin. Je ronge mon frein, mais il faut rester patient, prudent… Là aussi le choix est cornélien…

17 commentaires pour “Choix cornélien”

  1. Bonjour,
    en effet c’est un drôle de dilemme que nous avons face à nous. Personnellement, ils y retourneront. La classe à la maison a ses limites, et encore mes enfants ne sont pas en difficulté scolaire.
    Nous les briefons au max sur l’hygiène et les gestes barrière (en n’étant pas complètement naïfs non plus sur la capacités des enfants). J’avoue que je compte un peu aussi sur la crainte des gens pour qu’ils ne soient pas trop nombreux à retourner en classe. De plus, l’école est récente donc pas encore saturée, ils auront de l’espace pour diminuer les groupes. J’attends tout de même impatiemment des infos du directeur pour en savoir plus.
    Etant kinésithérapeute libérale, cette décision est guidée également, soyons honnête, par des impératifs financiers, et la nécessité de re-ouvrir (non sans inquiétude) le cabinet.
    En revanche, nous resterons très prudents, et n’iront pas prendre des bains de foule de sitôt!
    Prends bien soin de toi et des tiens

    1. Hello Cora : je comprends que tu sois obligée de reprendre le travail et que donc tu n’as pas vraiment le choix pour que les enfants reprennent le chemin de l’école… de toutes façons, il faudra bien un jour qu’ils y retournent…

  2. Vaste questionnement que je partage aussi en tant que parent ! Nous avons fait le choix de les garder mais comme tu le dis, parce que nous en avons la possibilité. Je n’ai pas envie qu’ils soient exposés à un risque pour eux-mêmes ni pour nous, et tant que ça reste une option, on fera comme ça ! Je sais bien que la vie doit reprendre, mais pour l’instant, on pourra s’organiser, mon mari en chomage partiel et moi en télétravail possible, donc ça ira comme ça… pas idéal, mais une solution en attendant, comme tu dis, que l’on ait plus de visibilité ! Espérons que ça soit vite réglé et qu’on septembre, on y voit plus clair (comme toi, j’aimerai bien, mais sans y croire, une disparition du virus d’ici là…

  3. Hello ! Merci pour cet excellent article, qui nous pose tous questions en tant que parents ! Difficile de trouver un juste équilibre ! Ici, notre décision n’est pas encore prise car elle dépendra aussi de ce que l’on peut faire au niveau travail ! Espérons que les décisions que l’on prendra seront les plus éclairées

    1. il faut en effet que les parents puissent s’organiser au niveau travail… télétravail possible ou pas, congés ou pas, etc… bon courage !

  4. Je pense de plus en plus que ce n’est pas une bonne idée de rouvrir les écoles. On maintient les restau’ et les cinémas fermés, parce que se sont des lieux qui rassemblent du monde, dans des espaces clos, quid d’une salle de classe?
    Après, c’est vrai qu’on ne peut pas rester cloîtrés chez nous ad vitam eternam, et qu’il faut bien aller bosser pour pouvoir manger. Donc je comprends ceux qui doivent renvoyer leur enfant à l’école pour pouvoir reprendre le travail.
    Pour ma part, ils n’iront pas. Je me réserve encore la décision pour les grandes qui sont au collège et lycée, mais je ne pense pas que faire en partie cours à distance, en partie cours sur place, devoir porter le masque non stop, aller s’exposer soit bien judicieux, alors qu’elles ont un bon rythme de cours maintenant que le pli est pris.
    Surtout que si on avance l’argument du ça les fera sortir et ils pourront refaire du sport, ce n’est justement pas possible:
    sport collectif, de contact, en salle interdits et plages interdites aussi. Donc ? il y a quand même des choses qui m’échappent. Et pourtant j’ai lu les avis du conseil scientifique en entier, ainsi que j’ai écouté toutes les interventions en entiers de nos gouvernants…
    Bon courage à toutes, stay safe ! 🙂

    1. Hello ! Je suis tout à fait d’accord qu’il ne faut pas rester cloitrés et qu’on ne pourra pas « ad vitam » mais je préfère avoir un peu de recul pour que mes enfants reprennent le chemin des classes. Et puis nous avons le choix, ce qui n’est pas le cas de tout le monde et je me dis qu’un enfant en moins, ça aide aussi pour les autres… d’ici septembre, on aura plus de visibilité, probablement plus de pistes thérapeutiques, et donc il faut s’armer de patience !

      1. Entièrement d’accord. Et pareil, j’ai la chance de pouvoir le faire (enfin ne pas le faire), je comprends complétement les parents qui n’ont pas le choix et ceux là il faut qu’ils puissent.

        Depuis ce commentaire, des évolutions.
        Pour mon fils en primaire, on a donc répondu qu’on ne le mettrai pas à l’école. Ils avaient prévu un protocole qui suivait les directives pour ceux qui reprendraient, et finalement, la mairie a tranché, l’école de mon village ne rouvrira pas, du moins pas avant juin (je crois que c’est la prochaine étape où il y aura concertation). Je les connais depuis un moment, je savais un peu que c’était quasiment impossible à gérer, vu les locaux et les moyens de la mairie, on est un petit village.
        Pour mes grandes (4ème/1ère/terminale), elles ont un bon rythme, donc elles ne reprendront pas, comme toi, on réserve pour septembre, la situation aura évoluée, même si, j’ai bien peur qu’on ait toujours pas mal de difficulté avec le covid à cette date, ça aura quand même évolué.
        Après comme elles sont autonomes et suffisamment grandes pour, je leur laisse le choix de décider, si elles veulent tenter la vie en masque, avec les gestes barrière avant septembre, si elles veulent quand même passer une partie de leur temps à voir même de loin leurs amis en cours. Je leur laisse le choix, mais elles m’ont déjà répondu en réalité, qu’elles préféraient continuer de suivre à la maison, car elles y arrivent. Et pour le besoin de voir du monde, et bien s’organiser pour voir un ami de temps en temps dans un endroit sécurisé/sant.
        Aïe d’ailleurs, je n’ai pas écouté notre premier ministre, ça se trouve je parle dans le vide, c’était à 16h… aïe j’ai loupé un rdv…
        Courage à tous !! Merci pour tes articles et discussions et réponses !!

        1. Pas facile avec les ados, mais je vois que les tiennes sont raisonnables : je comprends leur besoin de liberté, de revoir les copains, mais je me pose bcp de questions à ce sujet…

  5. Bonsoir,
    Mon mari enseigne en primaire et au vu de tous les courriels contradictoires qu’il reçoit, avec des préconisations irréalisables, je pense que vous avez raison : puisque vous pouvez garder vos enfants à la maison et les accompagner dans les apprentissages, c’est sans aucun doute le meilleur choix. 15 enfants par classe avec le respect de la distanciation, c’est 50 mètres carrés. C’est la taille de beaucoup de classes, certes, si on ne tient pas compte des armoires, étagères, matériel divers, et ça laisse… 3 mètres carrés à l’enseignant qui ne peut pas se déplacer. Et je ne parle pas du problème causé par la survie du virus trois heures dans l’air ambiant – ici, la préconisation, c’est : laissez les fenêtres ouvertes au maximum (dans une école où on ne peut pas les ouvrir, c’est amusant…).
    Pour ma part, je suis encore dans l’expectative : ma fille veut vraiment retourner à l’école ; ça lui manque énormément. Nous avons eu le coronavirus tous les quatre, mais je me demande si ça vaut le coup de la remettre dans une classe où elle ne pourra pas jouer avec sa meilleure amie parce que c’est « jeux interdits », où elle ne pourra pas l’approcher… Cela risque d’être presque une torture pour elle. Mon fils, lui, est ambivalent sur la question. Nous attendons de voir comment les établissements ont décidé de s’organiser pour décider, mais quel casse-tête !
    Bon courage à toi pour la suite !

    1. Tu as eu le coronavirus? Mince ! Moi, j’ai des doutes sur une mauvaise grippe chopée début février alors que je suis vaccinée… bref. Mais je comprends que ce n’est pas simple avec les enfants, je vis la même interrogation…

  6. Moi, je n’ai aucun doute au vu des symptômes (oppression respiratoire, maux de tête, douleurs pulmonaires entre autres, et mon mari a perdu l’odorat et le goût), et du fait qu’une étudiante m’a littéralement toussé dessus de face pendant trois heures une semaine avant que je ne devienne symptomatique… Elle avait de la fièvre et une toux très sèche pulmonaire, et son médecin ne l’a arrêtée que deux jours avant de la renvoyer sur les bancs de la fac : c’était deux semaines avant le confinement. Quand tu le pourras, fais-toi faire un test virologique : tu seras fixée…
    Finalement, je ne sais pas ce que tu as décidé pour tes enfants ; je ne remets pas les miens à l’école : notre maire a carrément qualifié « d’acte civique » le fait de continuer l’école à distance et a appelé tous les parents qui le pouvaient à garder leurs enfants à la maison.

    1. Oui, si jamais un test sérologique est dispo, je le demanderai pour savoir… Ici, les enfants n’iront pas à l’école, mais la seule question se pose pour la dernière, car pour le moment, collège et lycée sont fermés

  7. Kat j’aime bien ton maire qui parle d’acte civique.
    Dans mon petit village, on savait que les locaux n’etaient pas adaptés.
    Nous pareil, peut-être que nous l’avons tous les 6. 2 grippes par ma plus jeune dont le collège n’a pas arrêté de faire des échanges d’eleves avec l’Italie. Une qui a eu une belle grippe ensuite, méchante aussi. Après avoir croisé au’lycee deux potes revenus d’Italie. On est bien placé chez moi, on est jumelé, tous les voyages scolaires qui ont eu lieu en plus tous avant et après les vacances de février étaient en Italie.
    Bref et les 4 autres de la famille ont eu donc des symptômes plus ou moins intense à la suite. Et puis surtout un ami qui l’a eu en début de confinement on l’a vu une semaine avant.
    Les tests sérologiques est ce qu’ils sont faciles à avoir? Parce que ma mère qui a le covid, n’a toujours pas eu son test sérologique. A moins qu’elle l’ait eu la semaine dernière, et qu’elle ne me l’ait pas encore dit.
    Bon courage

    1. Pour les tests sérologiques, de ce que j’en sais pour le moment, c’est qu’ils ne font pas partie de la « doctrine » gouvernementale de dépistage : ils existent dans certains labos, mais ne sont pas pris en charge (40€ environ) et que pour les avoir, il faut demander une ordonnance au médecin traitant : j’imagine donc que c’est un peu à son bon vouloir. S’il estime que ça a un intérêt… je n’ai pas encore vu mon médecin mais je vais devoir sans doute y retourner pour deux trois « bricoles » (dont une ordo pour ma fille), je lui poserai la question, je ne suis pas sûre qu’elle y soit favorable, on verra ! Quelque part, j’aimerai bien savoir, ça me « rassurerait » un peu, peut-être? je ne sais pas.

  8. Ah oui, le prix est un peu rédhibitoire, ça oblige aussi à ne pas le faire à la légère.
    rassurant :
    si on l’a déjà eu, au moins on a plus peur de le chopper, c’est fait.
    si on ne l’a pas, c’est vrai que c’est un peu inutile de le faire car pas rassurant du tout.
    Je vais attendre que les choses évoluent alors, tu nous diras les conseils de ton médecin.

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