La série « Chernobyl » et le livre « La supplication » de Sveltlana Alexievitch

La série « Chernobyl » et le livre « La supplication » de Sveltlana Alexievitch

J’avais tout juste 10 ans et je m’en souviens (je me dis que ma fille de 10 ans se souviendra de la crise de la Covid-19…). Quelques jours après le 26 avril 1986, on apprenait qu’une catastrophe nucléaire avait eu lieu en ex-URSS, en Ukraine. Je ne me souviens pas du traitement des médias à l’époque, mais ce qui en reste aujourd’hui, c’est cette manière de rassurer, transformée par les médias : « le nuage s’arrêtera à la frontière ».

Pourtant à des milliers de kilomètres de là, sur place, à Tchernobyl, Prypiat, grosse ville de près de 50 000 habitants, un véritable drame s’est joué. Et l’on est loin d’imaginer TOUT ce qui s’y est joué. La série Chernobyl, qui est passé il y a quelques temps sur (je crois) OCS est édifiante. Elle se base sur le texte de Sveltlana Alexievitch, « La supplication ».

La supplication, de Sveltlana Alexievitch

4ème de couverture :  » Sur Tchernobyl, des dizaines d’ouvrages ont été écrits, des milliers de mètres de bandes vidéo tournées… Ce livre, cependant, parle non pas de Tchernobyl mais du monde de Tchernobyl dont nous ne connaissons presque rien, non pas de la catastrophe mais de ce qui a suivi, d’un monde nouveau et différent, pour lequel il n’y a pas de langage.
 » Trois années durant, j’ai voyagé et questionné des hommes et des femmes de générations, de destins, de tempéraments différents. Tchernobyl est leur monde. Il empoisonne tout autour d’eux, la terre, l’air, l’eau mais aussi tout en eux, la conscience, le temps, la vie intérieure.
 » Faire que ce que plusieurs racontent devienne l’Histoire : en voyageant, en cédant la parole à ces gens, j’ai souvent eu l’impression de noter le futur, notre futur. « 

Mon avis : écrire l’indescriptible, dire l’indicible, témoigner pour les générations futures. Sveltlana Alexievitch est journaliste et a entrepris à travers cet ouvrage une collecte de témoignages des gens ayant vécu de près la catastrophe. Et c’est terrible. Une femme enceinte se voit entendre, de la part de médecins que son mari n’est plus « qu’un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination ». Des enfants savent qu’ils ne vivront pas vieux, ayant vu leurs amis mourir tout à tour. Des personnes âgées, qui ont vécu les guerres parlent de ce qu’ils ont traversé et de cette nouvelle épreuve. C’est du brut de décoffrage, c’est parfois un peu confus, c’est du pris sur le vif, et ça donne des frissons. Sveltlana Alexievitch a obtenu le prix Nobel de littérature en 2015 pour l’ensemble de son oeuvre.

La mini-série Chernobyl

Synopsis : 1 saison, 5 épisodes d’environ une heure, production HBO, un mixte USA/GN, une distribution convaincante qui se base sur la nouvelle de Sveltlana Alexievitch. On y vit, au plus près ce qui a mené à la catastrophe (enchainement des erreurs), la catastrophe en elle-même, et ses suites pour les populations civiles et militaires. On y voit aussi comment elle a été traitée au plus haut de l’Etat, Gorbatchev étant à l’époque le chef d’Etat de l’URSS.

Mon avis : cette série m’a été conseillée par ma meilleure amie et la série est vraiment top, dans le sens qu’elle nous plonge vraiment dans l’événement ! N’ayant pas OCS, j’ai acheté la série de DVD et je ne regrette pas. Même si certaines controverses sont nées de la diffusion de cette série (lire à ce sujet cet article assez complet), elle semble fidèle à ce qui s’est passé à l’époque, notamment concernant les premiers secours qui sont arrivés sur le site sans AUCUNE protection alors que c’était un site hautement dangereux en terme de radioactivité. La controverse vient surtout, je pense, du traitement des responsabilités qui a été établi… Même si les responsabilités étaient importantes à établir – et on se rend compte que l’impréparation et l’autorité en sont grandes responsables – ce qui frappe, c’est l’impact sur les gens qui ont vécu la catastrophe : en premier lieu les secours qui sont intervenus sur les lieux (et on en frémit !), les populations civiles qu’on a tardé à avertir (et qu’on évacue ensuite en grandes pompes, par autobus, imaginez l’exode [près de 50 000 habitants] que cela a dû être !), l’angoisse ensuite des victimes, celles que l’on voit s’éteindre dans tant de souffrances à l’hôpital, puis la bataille à laquelle se sont livrés les liquidateurs qui ont tout fait pour éviter une catastrophe plus grande encore (la dalle de béton sous le coeur du réacteur menaçait de fondre, ce qui aurait conduit à une gigantesque explosion rayant une partie de l’URSS (Ukraine et Biélorussie). A un moment, dans l’un des épisodes – cela m’a marqué – un des scientifiques explique que si rien n’est fait, une partie de l’Europe sera rendue inhabitable ! Rien que de l’écrire, ça me fiche des frissons ! Si la série n’est pas 100% fidèle à la réalité (par exemple la scientifique Oulana Khomiouk de l’Institut de l’Energie Nucléaire n’a pas réellement existé, mais « personnalise » la dizaine de scientifiques qui ont participé à la gestion de la crise), elle est tout de même vraiment bien faite pour imaginer l’horreur de cette catastrophe et de ce qu’ont subi les populations et les pompiers. Quant aux liquidateurs, ceux qui ont pris le relais pour « nettoyer » au mieux la centrale après la catastrophe, ce sont des héros qui ont agi comme des kamikazes, je ne vois pas d’autres mots. Les doses de radioactivité étaient telles qu’ils ne pouvaient pas rester plus de une minute trente sur le toit de la centrale pour déblayer les restes de l’explosion. Si les chiffres officiels de catastrophe s’élève à 62 morts et 600 cancers infantiles (sources Comité scientifique des Nations Unies). En réalité, plusieurs centaines de milliers de personnes auraient été impactées : rien qu’en Ukraine, 150 000 personnes seraient décédés des suites de la catastrophe (secours et population civile, dont beaucoup d’enfants) et on estime que la Biélorussie voisine aurait été beaucoup plus touchée, mais les autorités de l’époque n’ont jamais mené de « comptage officiel ». On sait que même en France, il y a eu une augmentation de cancers pédiatriques !

Quand le tsunami du 11 mars 2011 est survenu dans le Pacifique au large du Japon et qu’il a provoqué un accident nucléaire à la centrale de Fukushima, je m’en souviens très bien ! C’est la seule catastrophe, avec celle de Tchernobyl à avoir atteint un tel niveau de gravité. Cela fait frémir ! Alors certes, le nucléaire, quand ça fonctionne, c’est bien, mais une catastrophe et tout part rapidement en vrille. Cela est un argument suffisant, à mon sens, pour ne pas continuer avec cette énergie que l’homme tente de maîtriser mais qui peut partir en un clin d’oeil vers une catastrophe mondiale.

Si vous ne l’avez pas vue, cette série, je vous la recommande vraiment ! Ce n’est certes pas un documentaire, puisque comme je vous l’ai dit, une partie a été « romancée » pour les besoins de la série, mais ça colle de manière assez proche à la réalité. Et ça laisse à réfléchir !

10 commentaires pour “La série « Chernobyl » et le livre « La supplication » de Sveltlana Alexievitch”

  1. Salut ! Je ne savais pas que la série était tirée d’un livre ! J’ai entendu parler de la série, mais je n’ai pas la chaine OCS, mais peut-être que j’essayerai de me procurer le DVD s’il est à la médiathèque, c’est intéressant de voir à quoi peut conduire ce genre d’incident… à mettre entre guillemets car c’est un incident tellement énorme que c’en est devenu une catastrophe ! Brrrrr ! Effrayant je trouve !

  2. J’ai entendu parler de la série et je pense que je la regarderai un jour. Mais j’avoue qu’à une époque je me suis beaucoup abreuvée de documentaires sur le sujet et j’ai ressenti beaucoup trop de colère, de révolte et la conscience que tout pourrais se reproduire n’importe quand, n’importe où, surtout quand on sait l’état de délabrement de la plupart des centrales et le coût d’entretien….. on sait ce que ça peut produire en quelques secondes si un grain de sable vient à enrayer la machine…

  3. J´ai trouvé la série absolument fabuleuse.
    J’y repense encore un an après l´avoir vue.
    Fantastique, je la recommande fortement!

    Merci à toi d’en parler!

    Ca pourrait peut-être éveiller une conscience écologique chez certains…

    1. Même si ça reste une série et donc une fiction, elle se base sur des faits réels et comme tu le dis, elle pourrait peut-être éveiller une conscience écologique, peut-être…

  4. J’ai vu des extraits de cette série et ça m’a l’air très bien fait ! J’aime bien les séries inspirées de faits réels ! The Crown est ma préférée ! Tu l’as vue?

  5. J’avoue que je ne m’étais pas renseignée plus que ça après avoir vu la série. Le livre doit être passionnant, mais pas dans mes lectures immédiates.
    « Girl wanna have fun » pour l’instant !
    La série m’avait bouleversée comme l’une de tes lectrices ici. Des mois après, je pensais encore à tous ceux qui se sont sacrifiés pour ne pas que la moitié de l’Europe ne soit soufflée…
    Merci de ces infos, c’est bon de te lire à nouveau.

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