Ne pas s’habituer

Ne pas s’habituer

On avait presque oublié qu’on s’était indigné pour les assassinats perpétrés à Montauban et Toulouse quand la rédaction de Charlie Hebdo fut décimée. Beaucoup furent Charlie. Puis vinrent les attentats de Paris et Saint-Denis, qui ont fait entrer la France et le monde, dirait-on dans un état de sidération. Je ne parlerai pas de ceux qui ont fait ça, ils ne méritent pas qu’on les cite. Ils ont recommencé à Bruxelles, à Badgad, en Turquie, en Syrie, ils tuent plus de musulmans partout où ils sont alors qu’ils se réclament du même Dieu…

Et maintenant Nice : même si on ne sait pas encore tous les fondements du geste qui a mené à la mort tant d’innocents – parents, grands-parents, enfants, ados et bébés- je suis de mon côté sidérée de voir que « l’on s’habitue ». Les fameux réseaux sociaux qui véhiculent tout et son contraire me semblent bien muets sur cette nouvelle tragédie. Piscine, mer, fleurs (et j’y participe) ont pris le relais. J’ai peine à comprendre. Quand l’attentat d’Istanbul a eu lieu, on n’en a quasiment pas parlé, Bagdad, encore moins… je sais qu’en journalisme, c’est triste, mais c’est la loi de la proximité qui prévaut, dans le traitement de l’information. Doit-on y voir donc un effet d’imitation de la part du grand public? On n’en parle pas, on n’est pas concerné? Et Nice? J’ai l’impression que l’esprit Charlie s’essouffle et que les esprits semblent s’habituer. Je suis de celles qui estiment que la vie doit continuer coûte que coûte, mais je suis triste de ne plus ressentir d’union nationale. Si c’est le cas ils auront gagné. Je vois encore beaucoup de divisions et d’amalgames, si c’est ça, ils auront gagné.

plateau+bougies

A côté de ça, heureusement, on lit de belles choses, des témoignages de psy qui racontent que des traumatisés de ce 14 juillet s’inquiétaient pour les psys qui prenaient en charge les personnes choquées par les événements. des témoignages de gens qui ont aidé des inconnus lors de cette triste soirée.

L’indifférence est le pire des fléaux, le rejet, les amalgames, les injustices et les inégalités n’y sont pas non plus étrangères. Si à notre échelle, nous ne disposons pas d’autres pouvoirs que celui du vote, nous avons aussi le droit d’exprimer notre tristesse, notre incompréhension, notre ras-le-bol, mais nous avons aussi, je pense, le devoir de vivre ensemble. Unis. Face à la barbarie. Ne pas nous diviser.

Ce court article n’apportera pas grand chose mais j’aimerai comprendre ce qui se passe? Indifférence, habitude, période de vacances? Vous en pensez quoi? Je suis perdue (et mon propos est sans doute confus)

18 commentaires pour “Ne pas s’habituer”

  1. Bonjour,

    Je me demande comment la frontière entre le bien et le mal peux disparaitre comment on peux en arriver à tuer des gens, enfants. Je travaille en école maternelle, donc je me dis comment d’un jeune enfant on passe à un adulte, écrasant, tuant ? A quel moment le basculement à eu lieu ? Je suis toulousaine. On as eu Merad, ce jour là, j’ai pris le relais de l’enseignante qui était parti s’informer, j’ai fait fermer les rideaux pour protéger du regard ma classe. Ca s’oublie pas, ce moment où on comprends. Comment peut on tuer des enfants, des adultes ? Qu’il soit question de religion ou non, comment eput on en arriver là ? Ils sont des fils, frères, cousins, père comment font -ils pour oublier ça, pour pas penser aux souffrances qu’ils engendrent ?

    C’est ça qui me perd,la perte de morale, le sens du bien et du mal annihilé. Qu’est ce qui s’est passé ?
    Comment éviter que cela se reproduise si on comprend pas le début de cet état ?

    Bon, comme toi pas très claire et beaucoup de questions sans réponses.

    1. c’est une bonne question : qu’est ce qui peut se passer pour que le sens du bien et du mal à son plus haut point soit de cette façon annihilé? 🙁

  2. Je pense que c´est une disposition biologique de l´humain…
    S´habituer, s´adapter…
    A absolument TOUT.
    Pour survivre et continuer à avancer.

    Istanbul m´a beaucoup choquée car j´ai un lien affectif particulier avec la Turquie que j´aime tout simplement.
    Le putch raté aussi m´a fait de la peine.

    Ce n´est finalement pas tellement la proximité géographique qui entre en ligne de compte mais la proximité émotionnelle…

    1. comme toi, j’ai été choquée par Istanbul (on n’en a si peu parlé en France) et par le putsch (là, on en parle davantage), j’ai des amis turcs qui ont un ami emprisonné là bas 🙁 et la proximité émotionnelle nait de la proximité géographique, je pense… 🙁

  3. J’apprécie de lire tes pensées. En effet, j’en parlais avec une amie ces jours-ci on a tout fait l’impression que cette fois les gens sont moins marqués par l’événement alors que c’est tout aussi terrible… 🙁
    Sur Facebook, les gens parlent vacances et cie…
    Suis tout à fait sidérée… même si je fais plus ou moins pareil 🙁

    1. la période n’est sans doute pas la même, les gens « passent » à autre chose pour certains… c’est leur droit, bien sûr, moi je suis la première à me dire qu’il ne faut pas se laisser impressionner par tout ça, même si c’est inévitable, on a peur, c’est légitime, mais à côté de ça, les gens restent muets ou parlent de choses tout à fait futiles, c’est déconcertant, car je n’arrive pas à cerner les choses…. je me pose trop de questions 🙂

  4. je ne pense pas que ce soit de l’indifférence ou de l’habitude mais je sens monter la haine autour de moi , les gens mélangent tout , je crains le pire .
    il y a aussi beaucoup de peur qui ne s’exprime pas car il faut continuer , mais elle est là cette peur pour les enfants , les petits enfants ; comment aller se promener sans y penser …..
    j’ai du respect pour les journalistes ils sont certes là pour nous informer , mais que de détails affreux , faut il tout décrire ! les familles sont déjà anéantis .
    que voulez vous faire ? ou est la solution ? le monde est fou .

    1. la haine est effectivement bien là, je pense que la haine vient de la peur de l’autre, de l’incompréhension… de la différence…
      quant au traitement journalistique, que dire? Que les chaines font la course à l’audience à grands renforts de détails sordides !

  5. Coucou 🙂 Personnellement je ne peux pas parler de cela, mais simplement parce que je ne saurais pas quels mots employer et parce que je veux continuer à avancer….si on y pense de trop on s’emmure, on ne sort plus….et c’est fini! J’ai eu plusieurs semaines après les évènements de Paris ,où je ne savais plus quoi faire, ni que penser, j’étais au bout de moi même….après des tas de questions peuvent se poser : comment ceci a pu se produire??? quelles failles?? Et comme on en déja parlé plus haut dans les commentaires : comment se fait le basculement? …

    1. je sais qu’au fond de moi, on va avancer, mais j’ai l’impression que l’étape de sidération est passée (à la trappe?) chez certains que je trouvais « actifs » à une époque sur les réseaux sociaux… mais la période doit aussi jouer !

  6. Je crois que les gens se laissent aller à montrer des photos de piscines, de plage et de parler de leurs vacances pour ne pas penser au pire. Moi la première, je suis tellement troublée par tout cela que je me plonge dans les blogs pour lire des futilités qui m’évitent de ruminer ma crainte de l’avenir et mon incompréhension de tels actes. Et que je préfère voir une photo de piscine qu’un énième message de tristesse. Parce que la réalité est vraiment trop moche et que j’ai besoin de me changer les idées pour me protéger.

    1. je suis d’accord qu’il est plus cool de voir de jolies photos de vacances (d’ailleurs, j’ai l’impression que tout mon fil IG est en vacances LOL) mais j’ai senti moins de retenue que d’habitude, c’est peut-être – j’espère – une impression. Perso, j’avais programmé des articles pour vendredi et samedi, je n’ai pas réussi à les maintenir, j’avais besoin d’un peu de recul, même si au final, les choses reviennent la vie continue, bien sûr (et heureusement, d’ailleurs !)
      merci pour ton message

  7. Je suis niçoise ; j’ai donc été frappée de plein fouet par la nouvelle du massacre de Nice. Je partais en rando quand ma mère m’a appelé vendredi matin : un coup dans le plexus. Mais je préfère ne pas trop m’étendre sur le sujet sur les réseaux sociaux, d’abord parce que ça me fait ruminer mon angoisse, et ensuite parce que je veux que la vie l’emporte : aller de l’avant, ne pas modifier mes habitudes, ne pas devenir parano. Bientôt, je retournerai sur la Prom, prendre le bus à l’endroit même où le camion a zigzagué… et j’y penserai chaque soir, je crois bien.
    Je suis d’accord avec toi pour le manque d’union nationale. Au contraire, ce sont des scissions qui s’accentuent. La minute de silence d’aujourd’hui sur la Prom’, en l’honneur des victimes, a été entachée par des huées et des propos racistes. Il est humain d’être en colère, mais laisser la colère prendre le pas sur tout le reste est la porte ouverte vers une haine sans fard ni garde-fou.
    Tu parles de la loi de la proximité pour le journalisme, mais ce qui m’attriste, c’est qu’il s’agit ici non d’une proximité géographique, mais d’une proximité culturelle : les journaux télévisés ont parlé d’Orlando, mais ont laissé de côté les attentats survenus en pays musulmans. Je considère que leur ligne éditoriale est plus proche désormais de la manipulation de l’opinion que de l’information : passer un sujet sous silence a autant de poids que d’entre mettre un au premier plan. Je ne nage pas dans l’optimisme : l’union de tous, qui serait nécessaire, me semble oubliée au profit de l’exacerbation des tensions identitaires et d’une intolérance apeurée.

    1. Merci pour ton message : tu as résumé en partie ce que je n’arrivais pas à coucher clairement sur ce blog, le manque d’union nationale, qui s’est en effet, apparemment, bien vu lors de la venue du ministre. Sans faire de politique, je suis d’accord que dans certains moments, il faut savoir garder une certaine mesure, j’ai l’impression que malgré tout, on est passé à une autre dimension, désormais 🙁
      Bon courage… tu as raison de continuer à vivre normalement, je m’y efforce aussi, la vie doit l’emporter, perso, ma « stratégie » est de m’entourer de l’amour des miens, de tout donner pour eux ! Bises

  8. Pour ma part, je n’ai pas été moins marquée par Nice que par Paris mais malheureusement je m’y attendais et l’effet de surprise si je peux m’exprimer ainsi est moins présent. J’ai été profondément choqué par Charlie Hebdo à l’époque, je m’en souviens encore, je rentrais du boulot le mercredi midi et mon père qui gardait mes enfants ce jour là me dit : »il y a un attentat à Charlie Hebdo ! », c’était incompréhensible !!! Je voyais les images en direct, j’avais du mal à réaliser ce qui était en train de se passer. Et puis est arrivé l’attentat des terrasses et du Bataclan et là, j’ai été choquée par le nombre de victimes et par le fait que ça visait des gens comme nous. Il n’était plus question de dessins ou de journalistes.
    Et ce 14 juillet, c’est comme si je m’y attendais… J’en avais parlé à Vincent quelques jours avant, je sentais que ça allait arriver. Alors j’ai été moins surprise par le mode opératoire, par la date choisie mais je n’en suis pas moins choquée mais je crois malheureusement que l’on est en train de s’habituer à cet état de guerre… Personnellement nous étions à la mer ce w.e et malgré l’émotion et le choc, nous avons continué à vivre, à profiter de la vie tout en ayant une pensée au fond de mon cœur pour les victimes. Ce matin, nous avons fait la minute de silence avec les enfants à la maison et nous avons pleuré pour tous ces innocents fauchés en plein bonheur !
    Je ne sais pas si je suis très claire non plus, j’essaye de dire ce que je ressens.

    1. j’ai un peu changé d’avis depuis que j’ai écrit ce message… je pense que je ne réagirais plus pareil, (cf. l’article de blog que j’ai relayé sur mon profil FB et qui me convient tout à fait ! )

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